Publié : 22 mars

La chapelle du lycée - un historique depuis sa construction

A l’origine, une grande salle du manoir de Maulévrier servait de chapelle aux Jésuites et aux élèves du Collège Bourbon de Rouen. Ce n’est que vers 1613 que l’on se préoccupa de bâtir une véritable chapelle. Le visiteur du collège de Rouen reçut alors le plan de la chapelle du collège de Nevers, que le célèbre Père Martellange édifiait depuis 1612 selon l’idée d’un autre architecte de la compagnie, le Père Baltazar. Un autre architecte jésuite, le frère Derand, a participé à la réalisation du projet. Ce bâtiment avait un plan centré et visait à pouvoir accueillir de nombreux fidèles. Si le plan de Nevers fut à l’origine de la chapelle de Rouen, le modèle n’était pas totalement transposable, car les jésuites ne disposaient que d’un accès restreint à la rue Bourg-l’Abbé, ce qui explique aujourd’hui encore l’inachèvement de la façade et l’absence de chapelles de part et d’autre de la première travée de la nef. Le plan de Nevers fut cependant adopté dans ses lignes principales. La chapelle fut édifiée à l’emplacement de l’ancien hôtel d’O, jadis propriété de Jehan d’O, capitaine des gardes écossaises du roi, puis du prêtre Marin Mignot et du trésorier de France Isaac de Boivin qui le vendit aux Pères jésuites.
Puis, au mois d’août 1615, Marie de Médicis, la veuve du roi Henri IV, vint à Rouen poser la première pierre d’un nouveau sanctuaire destinée à devenir la nouvelle chapelle du collège dédiée à Saint Louis. Elle ne sera achevée qu’en 1631. Monseigneur de Harlay, alors archevêque de Rouen, marqua l’ouverture du monument au culte par une célébration solennelle.
En fait l’édifice ne sera véritablement achevé qu’à la fin du siècle et ce sera Monseigneur Colbert, le nouvel archevêque, qui consacrera l’édifice le 21 décembre 1704. Représentative de l’esprit jésuite, dont elle est un des plus beaux fleurons, la chapelle du Lycée réalise une remarquable union entre deux styles dominants, à savoir une "antithèse hardie entre l’architecture classique en pleine maturité et le style gothique, arrivé au terme de sa vieillesse".
L’escalier monumental sur la rue Bourg-l’Abbé ne fut cependant édifié qu’en 1731, par le grand architecte rouennais Martinet, auteur des plans du Palais des Consuls détruit en 1944. Cette chapelle est la troisième église la plus vaste de Rouen après la cathédrale et l’église abbatiale Saint-Ouen. La volonté d’accueil du plus grand nombre se remarque par la présence de nombreuses portes ainsi que par la taille du sanctuaire. L’unique nef a 52 m de long.

LA CHAPELLE ET SON DECOR. Croquis établi à partir du plan de 1860-1862 publié par Pierre Moisy : Les églises des jésuites de l’ancienne assistance de France, vol. 11, figure 29, P.XLIV.

1 Autel de saint François Borgia.
2 Autel de l’ange gardien.
3 Le Fils couronnant Joseph.
4 Le Christ aux outrages.
5 Tombeau du cardinal de Joyeuse.
6 Christ de Girardon.
7 « Le temple de Dieu est où vous êtes ».
8 « Ma maison sera appelée maison de prière »
9 Chaire.
10 Cœur de Marie surmonté de sept glaives.
11 Retable du transept occidental.
12 Premières lettres du nom de Marie : M.A.
13 Couronne d’épines.
14 Retable et maître-autel.
15 Voile de sainte Véronique.
16 Cœur du Christ.
17 Retable du transept oriental.
18 Broc et cuvette de Pilate.


Croisée du transept, arc surplombant la tribune nord-ouest

Pour assurer le financement d’un tel chantier, les jésuites bénéficièrent tout d’abord de donations comme celle, en 1615, du conseiller notaire Germain Dujardin qui offrit 150 livres. Mais surtout ils firent appel aux libéralités royales qui prirent deux formes complémentaires. La première fut une allocation de 15.000 livres à toucher sur les deniers extraordinaires de la Généralité. La seconde fut le don des pierres de Château-Gaillard. Ces générosités expliquent la présence répétée, dans la frise ouvragée autour du chœur, des lettres L et M (Ludovicus, Maria) désignant les saints patrons du roi Louis XIII et de sa mère la régente Marie de Médicis.


L’ancien confessionnal de la Chapelle du Lycée Pierre Corneille.

Et dire qu’elle aurait fort bien pu disparaitre à la fin du 19e siècle tant son délabrement était avancé. En 1895, un projet de destruction de la chapelle existe pour permettre l’agrandissement du lycée. Mais l’opinion hostile à cette dernière extrémité et la pugnacité des Sociétés Savantes ont eu raison des démolisseurs. Elle est sauvée grâce à un classement au titre des Monuments Historiques en 1910.

En 1942, elle est endommagée par l’explosion de 2 bombes à proximité. Il y a en réalité peu de travaux effectués jusqu’aux années 1990 : la restauration de la couverture de la nef et des transepts en 1959, le renforcement des fondations en 1970 et enfin en 1993, la restauration de la façade principale néo-classique du 18e siècle, lui ont redonné une fort belle allure.

Le chœur de la Chapelle


Détail de l’intérieur de la Chapelle.

En 2004, la Région Haute-Normandie présidée par Alain Le Vern, l’Etat et le Conseil général de Seine-Maritime engagèrent un grand chantier de réhabilitation qui durera 11 ans, sous la conduite du cabinet King-Kong. L’objectif était de faire de la chapelle restaurée un auditorium performant pour des saisons musicales d’exception. Le vaste chantier concernait les extérieurs, la stabilité du monument, les voûtes hautes, les décors intérieurs en pierre et en marbre, les vitraux monochromes, les sols et les 8 retables.

La Chapelle Corneille Auditorium de Normandie – appellation officielle – dont la gestion technique incombe directement au Conseil Régional, offre depuis 2016 une multitude de concerts. II y a trois programmateurs principaux : l’Opéra de Rouen, le Poème Harmonique et le Hangar 23.
Le traitement acoustique et scénographique du nouvel auditorium a été spécialement conçu pour les chœurs et les ensembles vocaux, la musique baroque et sacrée, les petites et moyennes formations instrumentales, ainsi que la musique de chambre. La scène mobile a 10 mètres de diamètre. Elle est surmontée, à la croisée du transept, d’une sphère acoustique de sept mètres de diamètre, géode unique au monde qui évite que le son ne se disperse.

Sources :
Bulletin de l’association des anciens élèves du lycée, n°27, avril-juin 1913
La chapelle du Lycée Corneille à Rouen, Olivier Chaline, Mont-Saint-Aignan, 1987
http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=76540_19
http://chocolatechipcookies.blogs.com/rouenphotos/corneille/
https://chapelle-corneille.normandie.fr/