Publié : 1er février 2010

Quelques éléments pouvant servir pour l’histoire du fonds ancien

Les jésuites se font adjuger la bibliothèque du prêche, qu’il avait été question de mettre, dans Rouen, à la disposition du public en 1685.

Le dernier coup porté aux calvinistes de Rouen fut la démolition du temple de Quevilly. Dès le 3 janvier 1685, le Parlement avait fait fermer le prêche, sous prétexte qu’on y avait admis des relaps et des enfants nouveaux catholiques. Le 22 février, les élèves du collège des Jésuites, renforcés de la populace, marchèrent sur Quevilly, où ils commencèrent l’œuvre de destruction, qu’un arrêt du Parlement vint légaliser le 6 juin.

Source : Histoire des villes de France, par Aristide Guilbert, Paris, 1848.

"Aux termes de l’arrêt, la riche bibliothèque du prêche devant appartenir aux hôpitaux, qui l’aurait fait vendre, les ministres, pour qu’une si précieuse collection de livres ne pérît pas, avaient tenté d’en faire (comme récemment cela venait d’avoir lieu à Saumur) le fond d’une bibliothèque à l’usage des lettrés et du public, avantage que la ville de Rouen, si importante, ne possédait pas encore. Mais les Jésuites, venant à la traverse, se l’étaient fait donner par un arrêt du Conseil ; et, à Rouen, par un autre arrêt rendu, à la sourdine, dans une petite audience du matin, la grand’chambre, présidée par Poërier d’Amfreville, en ordonna la délivrance à ces Pères, qui, aussitôt, y envoyant des hommes en nombre, avec des paniers, l’avaient sous clé dans leur collège avant qu’on sût seulement dans Rouen qu’elle leur dût jamais appartenir"

Source : Histoire du Parlement de Normandie, par E. Floquet, tome 6, Rouen, 1842.

"Mais le Président d’Amfreville avec quelques autres de la faction le leur adjugea à la sourdine dans la petite audience qui se tient avant le jour. Ils n’eurent pas plutôt obtenu la permission de s’en saisir qu’ils l’envoyèrent prendre dès six heures du matin, par je ne scay combien de porteurs, qui l’enlevèrent, malgré une grosse pluye, dans de grands paniers. Si l’on êtait jamais en état de la retirer d’entre leurs pâtes, le Catalogue se trouverait au Greffe du Parlement avec le procès.

Source : Histoire de la Persécution faite à l’église de Rouen, sur la fin du dernier siècle, Rotterdam, 1704.

L’expulsion des Jésuites du Collège de Rouen en 1762

Le Parlement de Paris avait, le 6 août 1761, ordonné la fermeture des Collèges de la Compagnie de Jésus dans l’étendue de son ressort…A Rouen, l’arrêt de condamnation fut pris le 12 février 1762 et les Jésuites durent vider leurs maisons avant le 1er juillet 1762…La nouvelle administration du Collège sut se concilier l’opinion des écoliers en leur accordant trois jours de congés. En fait, on en profita pour commencer la dispersion des biens des Pères. On s’explique mal pourquoi le nouveau collège fut privé de tant de matériel indispensable. Un vandalisme trop réel se manifesta à plusieurs reprises…Les Pères du Collège avaient constitué une belle bibliothèque, qui fut considérée comme la partie la plus importante du mobilier. Chaque année les Pères consacraient 200 L. à son entretien. L’adjudication, annoncée à l’avance, et effectuée par le libraire Ferrand, en 1768, demanda 208 heures de vente et rapporta 13.761 L. que le Parlement affecta à l’église du Collège et plaça en rentes sur l’Hôtel de Ville. On aimerait connaître l’inventaire de la Bibliothèque. Trois parts avaient été faites : la majeure partie fut laissée aux enchères ; les livres prohibés, cédés de gré à gré. Le chapitre de la Cathédrale acheta pour 1.250 L. la collection des Bollandistes. La troisième partie, comprenant, entre autres, les 307 volumes in-12 du Journal de Trévoux, resta à la disposition des Professeurs du Collège Royal.. Nul doute que le Lycée Corneille conserve encore un fonds important de livres provenant de l’ancien Collège des Jésuites ; mais, faute de cotations et d’ex-libris de ce temps, on ne peut le déterminer avec certitude. Avec la Bibliothèque du Collège, fut adjugée celle du Noviciat. Le Séminaire de .Joyeuse conserva 1.230 volumes dont le catalogue fut dressé en 1771. Il est en tout cas piquant d’y trouver côte à côte les Exercices de Saint Ignace et les Lettres de Louis de Mon-talle... Restait à se débarrasser des biens fonds. Dès 1762, fut vendu le Prieuré de Saint-Gilles dépendant du Noviciat ; en 1763, ce fut le tour du Prieuré des Deux-Amants. Montfortin, avec-sa maison et son terrain de 20 acres, pourtant bien situé, ne trouva acquéreur qu’en 1769, pour 13.750 L., en la personne de M. d’Étancourt. Sans insister sur le sort des biens moins importants, on constatera que le Noviciat et le Prieuré de Grandmont furent singulièrement embarrassants. Quelques Pères restèrent à Grandmont jus¬qu’en 1764, époque où on les chassa. En 1770, rien n’était vendu, c’est à grand peine qu’on parvint en octobre à liquider le mobilier. Quant à l’immeuble, force fut à l’intendant de Crosne d’en utiliser la chapelle comme magasin à poudre.

Source : Les établissements des jésuites en France depuis quatre siècles, fascicule 15, 1956.

La cour ordonna, le 7 août 1762, la visite de la bibliothèque du collège royal, pour en distraire et supprimer les livres défendus et pernicieux qui pouvaient s’y trouver.

Source : Histoire sommaire et chronologique de la ville de Rouen, Nicétas Périaux

En 1768, la Bibliothèque du Collège ayant été mise en vente, après l’expulsion des Jésuites, le Chapitre en acheta des parties importantes, entr’autres la grande Collection des Bollandistes. Comme les livres de l’ancien temple de Quevilly, autrefois donnés au Collège par Louis XIV, avaient été exceptés de la vente par les administrateurs de la maison, l’abbé Terrisse, doyen, fut chargé de les demander au roi, par l’entremise de l’archevèque de Reims, grand-aumônier, et des ministres Bertin et Saint-Florentin. Nous ignorons si la demande du chapitre lui réussit.

Source : Mémoire sur les bibliothèque des Archevêques et du Chapitre de Rouen, par l’Abbé Langlois, in Précis analytique des travaux de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen pendant l’année 1851-1852.

Les armes du lycée que l’on rencontre sur les livres de prix et dans les ouvrages de la bibliothèque :

Création du Collège National en 1792 puis de l’Ecole centrale en 1795

Le cours de grammaire générale.

Ce cours était une survivance des anciens établissements secondaires. Il était fondé avant tout sur l’apprentissage du latin et l’approfondissement de sa connaissance, signe de distinction et de supériorité sociale et dans une certaine mesure véhicule international de la pensée, avant de passer à l’étude de la langue maternelle usuelle.
Il y eut plusieurs candidats pour ce poste, notamment Gourdin, bibliothécaire du district et du département, ancien moine de l’abbaye rouennaise de Saint-Ouen. Depuis 1791, il était devenu fonctionnaire et avait prêté le serment nécessaire. Depuis 1791, il faisait le triage et le répertoire des livres des anciens établissements monastiques du département, entreposés dans son ancienne abbaye. Millin, chef du bureau des bibliothèques nationales auprès de la Convention, avec qui il était en rapports fréquents, lui avait demandé de solliciter cette chaire. Il semblait qualifié car, alors qu’il était encore moine, il avait écrit un long mémoire sur les principes des langues vivantes et des langues mortes, fruit de deux ans de recherches, que l’Académie de Lyon avait couronné en 1787. En posant sa candidature, il proposait, s’il était désigné, de faire gratuitement le service de la bibliothèque et même d’en dresser le catalogue dans les trois mois. Il fut conservé comme bibliothécaire de l’Ecole centrale.

La bibliothèque de l’Ecole centrale.

Il fut difficile de l’établir dans la Salle des actes de l’ancien collège, faute de meubles pour placer les livres. Le département donna à l’Ecole les montants de la bibliothèque de l’Archevêché, qu’on alla récupérer, et de l’émigré Bigot, qui ne s’adaptaient pas nécessairement aux murs. Les professeurs demandaient à avoir les livres à leur disposition à l’Ecole centrale. Les livres des anciennes abbayes et des émigrés étaient entreposés dans l’abbaye de Saint-Ouen : plus de cent mille volumes disparates, mais surtout religieux, provenant de soixante-trois anciennes abbayes et de cent cinquante bibliothèques de prêtres déportés. Pour ces derniers, une loi récente permettait de les rendre à leurs familles. Les doubles étaient nombreux ; le tri n’était pas terminé, Gourdin n’ayant qu’un seul employé pour l’aider. De plus, il semble bien que l’administration départementale n’était pas pressée de libérer complètement l’ancienne abbaye de Saint-Ouen, ce qui se serait produit si tous les livres utilisables avaient été transportés dans les locaux de l’Ecole Centrale. Par calcul vraisemblablement, afin que cet édifice encore entouré de ses jardins et de ses murs ne soit pas vendu comme bien national et ne subisse pas le sort de ceux de Jumièges ou de Saint-Wandrille. Les services des finances parisiens étaient vigilants à cet égard et obligeaient à mettre en vente des biens nationaux inoccupés. L’administration départementale pensait avec juste raison qu’un établissement aussi important devait être conservé pour un service public, et comme il se trouvait alors éloigné des quartiers les plus commerçants, on n’en aurait obtenu qu’un prix sans rapport avec sa valeur. En 1804, l’Hôtel de ville y fut installé, ainsi que la bibliothèque municipale et le musée ; il y est demeuré. A l’Ecole centrale, une bibliothèque fut créée et obtint une partie des livres de l’ancienne Académie.

source : L’école centrale de Rouen in Actes du 95ème congrès national des sociétés savantes, André Dubuc, Reims, 1970.

L’article IV du titre VI de la loi du 3 brumaire an IV disposait qu’il y aurait dans chaque Ecole Centrale une bibliothèque publique, dont le gardien serait assimilé, aux termes de la loi du 20 pluviôse an III, aux professeurs de la même école, quant à la nomination et au traitement. Le défaut d’argent ne permit pas d’organiser, dans le sein de l’Ecole centrale de Rouen, ce dépôt destiné, dans la pensée des législateurs, à compléter les leçons du professeur. Un dépôt général de livres avait été formé, à Saint-Ouen, de toutes les bibliothèques des communautés religieuses et des émigrés ; mais malgré l’activité de Gourdin, on était embarrassé de tant de richesses, et, en attendant un classement qui ne pouvait être que long, on ne tirait aucun parti des 100 000 volumes entassés dans les galeries de Saint-Ouen. Pour donner dans la mesure du possible satisfaction à la loi du 3 brumaire an IV, on arrêta, le 12 vendémiaire de la même année, que la bibliothèque de la ci-devant Académie, sise petite cour de la Commune, serait provisoirement ouverte les duodi et sexitidi de chaque décade. Gourdin, qui en avait été nommé gardien par ses confrères dès 1788, en accepta de nouveau la direction. Le 6 prairial an V, les professeurs de l’Ecole centrale demandèrent qu’elle leur fût remise et qu’elle fût installée dans le local de cet établissement. Leur demande, souscrite des noms de Bignon, le Tellier, l’Hoste, Auber, Formage et Le Carpentier, fut rejetée. Ils demeurèrent sans livres comme sans traitements. Peu de temps après on la transféra dans le local de Saint-Ouen, où elle occupa pendant plusieurs années un appartement particulier. La translation et l’ouverture en furent annoncées par les journaux et par des affiches.

La bibliothèque de l’Académie des Sciences de Rouen resta ouverte de 1795 à 1797, époque où elle fut transférée provisoirement à l’Ecole centrale, où l’on avait rassemblé, depuis cinq ans, les livres de l’abbaye de Saint-Ouen, ceux des couvents supprimés et une partie de la bibliothèque des avocats de l’ancien parlement.

Source : Histoire sommaire et chronologique de la ville de Rouen, Nicétas Périaux